Elevage – Dressage

Le débourrage est un marqueur extrêmement important dans la vie d’un chien. Il y a un avant et un après.
Un chien débourré… l’est ou ne l’est pas.
Il n’est donc jamais inutile d’en parler régulièrement.

À QUEL ÂGE ET COMMENT ?

La sélection a joué sur la précocité, et les propriétaires piaffent souvent d’impatience. Les jeunes chiens sortent donc de plus en plus tôt. La période de naissance joue un rôle déterminant.

Un chiot né en début d’année pourra être débourré durant l’été. Exemple : naissance en février = débourrage en juillet-août. Les chiots de Norma, nés le 24 mars, arrêtaient déjà les cailles sauvages fin août. En revanche, je ne les estimais pas encore mûrs pour chasser réellement à l’ouverture.

Par contre, en simple bruit d’accompagnement, j’ai tiré au 6 mm à partir du moment où ils ont commencé à poursuivre l’oiseau. Aucun problème à sortir un jeune de 5 à 6 mois sur le terrain. Normalement, l’intérêt pour le gibier ne tarde pas à apparaître.

Quand un chiot naît en été, la situation se complique, notamment durant l’automne-hiver. Il peut devenir difficile de trouver perdreaux ou faisans d’élevage. Sortir régulièrement un jeune “à blanc” est néfaste : il est sur le terrain pour apprendre, non pour prendre de mauvaises habitudes (arrêt sur alouettes ou mulots).

Il faut alors chercher des solutions. Certaines fermetures de chasse peuvent permettre quelques occasions intéressantes pour les jeunes sujets. Rouler inlassablement sur les chemins communaux amène parfois une rencontre exploitable : un couple de perdreaux dans un blé naissant, par exemple. Bien entendu, mieux vaut avoir l’autorisation du propriétaire ou du détenteur du droit de chasse.

Je mets en garde contre la surutilisation d’un jeune chien. On risque de le saturer, sans parler des hanches. Voir son élève se distinguer est un grand plaisir, mais il faut rester sérieux et penser aux dix années à venir.

Le Dr Mimouni indiquait qu’un jeune ne devait fournir de véritables efforts que 5 minutes par mois d’âge. Sans le savoir, c’est ce que je faisais déjà :
9 mois = 45 minutes de chasse.

Le jeune ne se sent pas fatigué, il n’est pas heureux de rentrer à la voiture. Par conséquent, la fois suivante, il commencera la chasse avec encore plus d’enthousiasme.

En l’absence de gibier, ou en période d’entraînement interdit, il faut patienter. Nous ne sommes pas à trois mois près.

Je déconseille le pigeon à la boîte d’envol : c’est trop artificiel. L’oiseau monte rapidement, ne donne pas de direction au chien, et ne permet pas la même poursuite qu’un gibier se propulsant seul et volant plus bas.

Or cette poursuite est indispensable à l’acquisition de la passion. Un jeune chien qui court loin et longtemps montre du mental. Quelquefois, il retrouve l’oiseau (ou un autre) et repart de plus belle. Ainsi se façonne un travailleur passionné, peut-être un futur chien de field.


MÂLE OU FEMELLE : UNE DIFFÉRENCE ?

Contrairement à ce que l’on entend parfois, je ne vois pas de différence de précocité entre mâle et femelle lorsqu’on les débourre jeunes.

Peut-être que si l’on attend 15 mois, le mâle pense déjà davantage à autre chose. En revanche, un jeune trop livré à lui-même risque de prendre de mauvaises habitudes, parfois difficiles à corriger : arrêt aux trous de mulots, passion pour les lapins, etc.


LE TIR ET LA PRISE DU GIBIER

Bien entendu, on ne tirera l’oiseau qu’après plusieurs séances avec poursuite.

On prend soin de poser le gibier dans un couvert où il tient bien, mais en terrain dégagé. Le chien doit voir partir et tomber l’oiseau.

Manquer n’est pas une catastrophe. Seule la répétition des coups de feu peut l’amener à s’interroger.


ATTENTION AU GIBIER POSÉ

La qualité du gibier est généralement correcte. Mais poser un oiseau, c’est aussi laisser une odeur.

Le jeune comprend rapidement que l’odeur du gibier et celle du maître sont liées. Or cette dernière est bien plus forte. Cela peut l’amener à prendre des arrêts spectaculaires… mais faux.

Le propriétaire débutant peut s’y tromper. Non seulement le chien n’apprend rien, mais il s’enfonce dans l’erreur.

Le chien comprend aussi vite l’implication du véhicule. Un jour, pour tester le vent, je m’arrête à 300 mètres de la parcelle d’entraînement. Quand je lâche Jaspée, elle remonte immédiatement la piste du Berlingo au nez. Elle pensait visiblement que l’arrêt devait se trouver là.


UNE MÉTHODE PLUS PROPRE

Quand la parcelle est carrossable ou bordée d’un chemin, je roule avec un perdreau dans la main gauche.

Il a la tête sous l’aile et, très important, le ventre en l’air. Je le fais tourner plusieurs fois puis, depuis le véhicule, je le projette vivement au sol.

Obligé de se rétablir, un peu étourdi, il reste sur place dans 90 % des cas, surtout si le couvert lui convient (chaume de blé avec herbes).

Ainsi, le problème de l’odeur humaine est réglé. Celle du véhicule perturbe parfois le chien, mais on peut attendre avant de le lâcher.

Avantage : le perdreau n’est pas endormi, donc ne se fera pas attraper pour cette raison. Il cherchera plutôt à se dissimuler.


LE GIBIER SAUVAGE : INCOMPARABLE

Quand on dispose d’un chaume de blé avec des adventices à graines en été, on y trouve souvent des cailles.

Un oiseau sauvage vaut cent fois un excellent gibier de tir.

Je ne crois guère à une influence négative sur le port de tête. Nombre de mes champions peuvent en témoigner.

Je pense même que c’est une excellente préparation pour la chasse à la bécasse.

Une caille déjà dérangée les jours précédents s’éloigne légèrement lorsqu’elle entend le chien arriver. Si celui-ci arrête trop ferme la place chaude et ne va pas “à la viande” après quelques leçons, il manque d’intelligence.

Avec lui, les bécasses seront piéteuses.

Dès 4,5 mois, Nab avait compris cela. Il fit ensuite une très grande carrière.


LE CHIEN DÉBOURRÉ TARDIVEMENT

Reste le cas du chien qui, pour différentes raisons, n’a pas été débourré jeune.

Il a 15 à 18 mois, n’a jamais rencontré de gibier, ou pire, s’est focalisé sur le lapin.

Il faudra alors multiplier les occasions sur le gibier.

Je me souviens d’une femelle de 14 mois ayant longtemps travaillé les odeurs de lapin autour de chez son propriétaire. Chaque soir, elle arrêtait deux couples de perdreaux, sans grande passion ni grand nez, semblait-il.

Un jour, alors que nous roulions, mon ami me dit que sa chienne serait très moyenne.

À cet instant, j’aperçois une tête de faisane dépassant d’un blé.

La chienne est lâchée et chasse successivement quatre oiseaux.

Au retour à la voiture, elle est transfigurée.

Elle vient de poursuivre avec passion : c’est le déclic.

Elle devint ensuite une grande chasseuse dotée d’un excellent nez.

Combien de chiens ont fait d’énormes progrès entre deux saisons ? Lorsqu’un chien est d’excellente origine, il faut insister.


ÉVITER DE SPÉCIALISER TROP TÔT

Au départ, je conseille d’éviter de spécialiser le jeune sujet, sauf certitude qu’il ne chassera jamais autre chose.

Il acquiert vite une préférence et un savoir-faire qui peuvent l’empêcher d’atteindre le même niveau sur d’autres gibiers.

Dans ma région viticole, certains chiens d’arrêt chassent beaucoup le lièvre. Commencer ainsi, c’est souvent se priver d’un bon auxiliaire pour les gibiers à plumes.

Bien entendu, chaque propriétaire reste libre d’utiliser son chien comme il l’entend.

Le titre se termine par un point d’interrogation. En effet, l’éventuelle incitation à faire reproduire une chienne ne doit pas reposer sur une soi-disant question de santé, ni sur le faible effectif d’une race.

Produire de la mauvaise qualité est contre-productif à long terme. Je passe également sur l’éventuel intérêt financier.

En revanche, il est clairement souhaitable, voire indispensable, que certaines femelles assurent leur descendance. Ce sont celles qui cumulent les qualités suivantes :


1. UN CARACTÈRE ÉQUILIBRÉ

Confiance envers les humains, adaptation rapide aux situations nouvelles, comportement joyeux.

Il faut bien comprendre que les chiots seront imprégnés pendant huit semaines par le comportement de leur mère. Ils auront tendance à l’imiter.

Par exemple :

  • si elle vient avec confiance au-devant du visiteur ;
  • si elle fuit en aboyant : quelle catastrophe.

Il existe également une imprégnation in utero, sans compter bien sûr la transmission génétique.


2. L’ESPRIT CHASSEUR

C’est un minimum. On peut même ajouter : précoce.

Je n’ai pas confiance dans les sujets qui tardent à se déclarer. Ils font rarement de grands chiens, contrairement à ce qu’on entend parfois… sauf erreur humaine dans leur conduite.

J’ai beaucoup élevé, et fait se déclarer de nombreux chiens. Une belle brochette de Champions atteste que les meilleurs se détectent jeunes, parfois très jeunes.

C’est une qualité qu’ils retransmettent.

Le pronostic précoce de futur Champion a rarement été démenti.


3. LE TEMPÉRAMENT ARRÊTEUR

Une claire disposition à l’arrêt ferme est une vraie qualité.

Attention à ne pas sélectionner une souche qui arrête mal… ou pas du tout. Il existe souvent une corrélation avec un tempérament nerveux.

Posséder de tels sujets est une galère.

Quant aux chiens sensibles de nez, hésitants ou faux-arrêteurs, c’est encore autre chose.

J’ai vu récemment à la télévision des chiens d’une autre race présentant ces défauts : les propriétaires étaient obligés de pousser leur chien, au détriment du placement, ou de faire du bruit pour faire voler la bécasse.

On peut, par erreur, sélectionner une famille possédant ce défaut.


4. UNE PUISSANCE DE NEZ SUFFISANTE

C’est évidemment important, mais ce n’est pas la première qualité.

Un sujet très chasseur, mais moyen de nez, peut parfaitement satisfaire en chasse pratique :

  • s’il est appliqué ;
  • s’il continue à chasser quand d’autres se découragent ;
  • s’il est efficace.

Dans ce cas, il faut impérativement choisir un étalon doté d’un grand nez. La race en est actuellement bien pourvue.

Cependant, une chienne moyenne sur ce point ne devrait reproduire qu’une seule fois.

Attention aux jugements sur la puissance de nez

La vraie question à se poser est :

“Mon chien a-t-il la capacité de me faire tirer régulièrement le gibier sur son arrêt ?”

Si la réponse est oui, alors il possède un excellent nez.

Quand le gibier est bloqué, il n’est jamais loin. Le chien a provoqué son immobilisation, non son envol.

C’est bien le but recherché.

Prendre des poses d’arrêt alors que le gibier se balade devant est un défaut, et non une preuve de puissance de nez.


5. UNE OSSATURE SUFFISANTE

Cela ne signifie pas une grande femelle, mais une chienne avec une bonne ossature, dense pour sa taille.

On dira volontiers : “elle pèse lourd”.

Cela facilite la mise bas, et les chiots ont un poids correct à la naissance.

Le Bourbonnais se veut athlétique dans un format moyen.

Choisir un grand mâle pour une petite femelle est généralement une mauvaise solution :

  • la portée comptera des petits et des grands ;
  • les corps seront souvent plats et déséquilibrés.

ET LA ROBE ?

Peu de choses à dire sur la robe, sinon qu’elle ne doit pas être blanche.

Une Bourbonnaise possédant les qualités précédentes doit reproduire.

Une telle femelle est un bijou. Elle possède l’essentiel.

Si elle n’est pas parfaite en type, on pourra toujours sélectionner sur sa production.

D’ailleurs, beaucoup de vrais chasseurs apprécieront davantage un excellent chien de chasse imparfait en modèle qu’un beau sujet médiocre sur le terrain.

Le premier donne envie de posséder le même.
Le second donne une mauvaise image de la race.


UNE OBSERVATION PERSONNELLE

Il y a bien longtemps, j’ai fait la tournée des élevages bretons d’Épagneuls.

Sans exception, les meilleures reproductrices avaient :

  • de l’os ;
  • une taille limite ou supérieure ;
  • un type parfois imparfait ;
  • un tempérament exceptionnel.

Ce sont elles qui produisaient les grands Champions, de travail comme de beauté.

Elles possédaient l’essentiel… ou une grande part de celui-ci.


UN CHIEN PRODUIT COMME SA FAMILLE

Dans la mesure où un grand chien de travail (mais peu beau) possède dans son pedigree un ancêtre beau et bon, il peut devenir un excellent reproducteur potentiel, y compris pour la beauté.

Il suffit parfois de faire de la consanguinité sur le sujet réunissant toutes les qualités.

Un chien ne produit pas comme lui. Il produit comme sa famille.


À QUEL ÂGE ?

M. Rousseau, talentueux éleveur de Pointers “De la Passée”, ne faisait reproduire ses femelles qu’une seule fois… après leur carrière de grande quête, c’est-à-dire vers 7 ans.

Cela reste un cas particulier.

Je ne vais pas le conseiller.

Normalement, une portée ne doit pas diminuer les performances futures d’une chienne. Elle peut donc en faire plusieurs.

On attendra toutefois sa maturité physique et mentale :

  • au minimum ses troisièmes chaleurs ;
  • soit vers 2 ans.

La bonne fourchette pour une première portée se situe probablement entre 2 et 5 ans.


EXEMPLE PERSONNEL

Considérant que Norma serait Championne en deux saisons, j’ai attendu son titre.

Elle n’avait alors que 3 ans et demi.

Bien d’autres paramètres entrent en jeu :

  • disponibilité du mâle ;
  • âge du mâle ;
  • période de naissance des chiots.

Des chiots nés en début d’année se placent généralement mieux :

  • ils commenceront à chasser dès l’automne ;
  • leur élevage aux beaux jours est plus facile.

COMBIEN DE PORTÉES ?

Une femelle à fort potentiel, qui reproduit bien, devrait effectuer plusieurs portées.

Dans le cas d’Adélie, j’ai changé de mâle à chacune de ses quatre portées. Cela m’a permis de disposer de demi-frères et demi-sœurs.

Le croisement Hawaï x Garou a donné Mutine, exceptionnelle Championne Absolue en Italie.

Dans la portée, il y avait aussi Margot, Mercédès… quelle réussite.

Un regret : ne pas avoir refait Adélie x Vic des Pech Gros.

En âge maximum, je m’arrête généralement après 7 ans.

On peut aller au-delà pour une femelle exceptionnelle, mais les risques augmentent :

  • césarienne ;
  • complications diverses.

AVEC QUI ?

J’ai déjà noirci bien des pages au sujet de la consanguinité.

Une chose est sûre : ce sont souvent les portées les plus consanguines qui ont produit les Champions et les grands chiens de chasse, sans apparition de défauts marquants.

Cela prouve que les chiens utilisés ne portaient pas génétiquement de défauts majeurs.


FAUT-IL MARIER DEUX CHAMPIONS ?

Certains estiment que le mariage de deux Champions — donc de sujets capables de se surpasser — produit des chiens difficiles à conduire.

Je ne l’ai jamais constaté.

Au vu des portées de mes Championnes passées, et actuellement de Norma avec Géo, on observe :

  • précocité ;
  • maniabilité ;
  • grands moyens.

Quelques mois plus tard, on a vu le résultat de Pétra avec Othello : Tatanka et Tokyo… rien que ça.


MON CHOIX PERSONNEL

Pour moi, c’est clair :

Il faut rechercher :

  • un Champion ;
  • ou un mâle déjà au CACT ;
  • ou un chien permettant une consanguinité sur un Champion.

Celui qui possède un titre ne l’a pas trouvé dans une pochette surprise.

Il possède quelque chose en plus, susceptible d’être transmis… si l’on sait le faire ressortir.


DERNIÈRE OBSERVATION

Au dernier Open de France de Grande Quête, un Setter Irlandais a obtenu un CACT.

C’est rare.

Par curiosité, j’ai consulté son pedigree : un des grands Champions de la race en quête de chasse y apparaissait quatre fois.

Tout s’explique.

Un grand reproducteur est toujours un gage de réussite.


CONCLUSION

« Rien de grand ne se fait sans passion. »

Jean-Marie Pilard